En 2026, la compliance ne se rapporte plus au conseil d’administration, elle s’y discute. Ce déplacement change le profil du Compliance Officer, son rattachement et la manière de le recruter. Trois points qu’un dirigeant doit avoir arbitrés avant d’ouvrir le poste.
Ce que les boards attendent désormais de la fonction compliance
Le rapport 2026 State of Risk & Compliance publié par NAVEX donne la mesure du mouvement. Neuf conseils d’administration sur dix ont une implication régulière dans le programme de compliance de leur entreprise, et cette implication est appelée à gagner en profondeur. Un nombre croissant de boards prend désormais une part directe à l’évaluation des risques. La compliance n’est plus un chapitre parcouru une fois l’an. Elle entre dans le champ de ce que le conseil pilote.
Ce mouvement s’explique. Les textes européens, de l’AI Act à la directive sur le devoir de vigilance en passant par DORA, étendent les obligations des entreprises bien au-delà du continent. Les métiers se tournent vers la compliance pour fixer le cadre d’un usage responsable de l’intelligence artificielle, tandis que les attentes en matière d’alerte interne continuent de s’élargir. La fonction se retrouve ainsi en première ligne sur des sujets que le conseil ne peut plus déléguer sans les comprendre, et le Compliance Officer devient l’interlocuteur dont le board a besoin pour décider.
Le profil hybride remplace le profil technique
Un Compliance Officer qui produit des rapports sans jamais monter au Comex ne tient plus, parce que la compliance a cessé d’être une fonction de contrôle pour devenir une fonction de décision. Le dirigeant ne cherche plus seulement quelqu’un qui connaît le RGPD, la loi Sapin II ou le FCPA. Il cherche quelqu’un qui sait dire « comment » plutôt que « non ».
Sur le terrain, nous voyons cinq capacités séparer le leader de l’expert.
- Traduire un risque juridique en impact business, chiffré et daté.
- Tenir face à un directeur commercial qui veut accélérer.
- Poser une ligne rouge devant le board sans bloquer l’innovation.
- Clarifier sous pression, lorsque l’alerte tombe et que l’organisation attend une réponse.
- Arbitrer en cross-border sans immobiliser les équipes.
Les profils qui réunissent ces cinq capacités transforment une contrainte perçue en avantage de gouvernance, et ils tiennent dans la durée, sous exposition réglementaire et médiatique. Ils sont rares.
Le rattachement au Comex, une question de gouvernance
Et le rattachement ? La compliance doit être rattachée à un membre du Comex, avec un accès direct au dirigeant et une voix au conseil, ce qui suppose une présence systématique aux arbitrages sensibles. Sinon elle perd en autorité, en crédibilité, en rayonnement et en vitesse de remontée, parce que l’information sensible traverse un étage de plus avant d’atteindre celui qui décide.
Ce n’est pas une question d’ego, c’est une protection. Le jour où le board interroge l’entreprise sur son exposition réelle, la réponse doit venir de quelqu’un qui a vu les décisions se prendre, et non de quelqu’un qui en a lu le compte rendu.
Recruter un Compliance Officer, un acte de gouvernance
Recruter un Compliance Officer en 2026, ce n’est plus recruter un expert. C’est adresser un signal au board, aux équipes, aux régulateurs et aux partenaires. Ce signal dit « nous prenons le risque au sérieux, et nous le pilotons plutôt que de le subir ». Un mauvais casting à ce poste fragilise toute la gouvernance. Un bon casting la solidifie pour plusieurs années.
La question que se posent les boards n’est plus « Avons-nous un programme de compliance ? », mais « Avons-nous le bon profil pour en faire un instrument de décision, et pas seulement un centre de contrôle ? ».
BCP Partners accompagne les directions générales et les boards dans le recrutement de leaders de la compliance, du risk management et de l’éthique, ceux qui ont une vision business et géopolitique et qui sécurisent la décision sans ralentir l’action. Sur le même sujet, lire aussi Compliance, éthique, IA : pourquoi recruter aujourd’hui est un acte de gouvernance.
Source
NAVEX, « 2026 State of Risk & Compliance Report », cité dans Top Ethics and Compliance Training Trends in 2026.